martes, 20 de diciembre de 2011

Césaria a trouvé son « Caminho longe »




Dès que l’on foule le sol de l’archipel du Cap-Vert, l’image de cette femme à la voix suave vient en mémoire. Cesaria Evora a su incarner et exporter l’idéal Cap-Verdien à travers le monde. Sa mort laisse un vide sur l’île et le « saudade » (tristesse) n’y a jamais été autant ressentie.


J’ai séjourné au Cap-Vert du 11 au 14 décembre, soit trois jours avant le décès de la diva aux pieds nus dont la musique m’a fait aimer ce « petit pays » qu’elle chérissait tant. A Praia comme à Cuidade Vallée, le paysage dominé par des montagnes semble familier et d’un coup, des paroles de chansons viennent en mémoire. Même si on n’y comprend pas grand-chose, on sent qu’elles ont été inspirées par la beauté de cet archipel.

Pour beaucoup d’Africains, Césaria Evora était l’un des monuments qui restaient après le décès de la Sud-Africaine Miriam Makéba. Cette femme à l’allure d’une « Mémé » a su captiver des millions de personnes avec sa musique, son look de mamie, sa voix suave et envoutante qui rappelle les berceuses.

Ambassadeur des pauvres

D’une simplicité légendaire, Césaria a été l’ambassadeur d’un pays isolé du reste du monde par l’Atlantique. Malgré cette insularité géographique, le Cap-Vert était devenu familier au reste du monde grâce à cette dame. Plus qu’un symbole, elle était l’âme de ces îles dont elle a su exporter la musique « la morna » à travers le monde. Avec sa mort à 70 ans, ce sont tous les lusophones et tous les africains qui ont perdu un immense talent.

La grande simplicité de la diva aux pieds nus trouve son explication dans son extraction sociale. Issue d’un milieu pauvre, la dame a vécu jusqu’à cinquante ans dans une extrême pauvreté. Orpheline de père à sept ans, elle a été élevée par les sœurs. Sa propension à se produire sur les scènes du monde entier était un hommage à tous les pauvres de son pays. Malgré les distinctions et le succès grandissant, elle ne s’est jamais départie de son style qui la rendait si attachante.

Dans Sodade, elle cherche son chemin ( « caminho longe »), le 17 décembre 2011, elle a dû le trouver rendant orphelines des millions de personnes qui seront à jamais sevrées de sa magnifique voix


viernes, 16 de diciembre de 2011

Interview a Sana Ben Achour, ex-présidente de l'Assocation Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD)

Sana Ben Achour

Trois questions à Sana Ben Achour, ex-présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD)
"Les attributs législatifs que se sont octroyées les constituants ? Grave dérive, voire un coup de force"

Le Temps - Sana Ben Achour, nous nous adressons à la juriste-militante des droits de l'Homme que vous êtes.
Quelles sont vos commentaires sur les travaux de la Constituante ?
Sana Ben Achour : J’ai suivi avec passion les débats de l’Assemblée constituante mais j’ai été déçue par leur tournure et parfois leur teneur sur trois questions au moins : la durée du mandat de la Constituante, les attributions législatives qu’elle s’est octroyées et enfin sur ce qu’on pourrait appeler " l’esprit majoritaire".
Les arguments ont été souvent spéciaux, juridiquement " insatisfaisants " et politiquement inquiétants. Comme par exemple de ne pas fixer la durée de la Constituante à une année sous prétexte d’éviter de tomber dans l’inconstitutionnalité au cas où de fait il y aurait besoin de plus d’une année. C’est vraiment aberrant. Le propre de l’énoncé juridique dans un Etat de droit est d’imposer (démocratiquement, cela s’entend) une norme à respecter et non pas de se soustraire à l’obligation juridique au nom d’un hypothétique fait risqué. La question reste donc posée. Si l’engagement politique pris devant le peuple de ne pas prolonger au-delà d’un temps raisonnable d’une année ou d’une année et demie les travaux de la Constituante est réel, pourquoi il n’a pas trouvé simplement traduction juridique. Je comprends que ce décalage donne aux citoyens le sentiment qu’on s’est joué d’eux. J’avoue en faire partie. La détermination de la durée de la période transitoire ne devrait pas être écartée d’un revers de main. Il faudra en parler et ouvertement.
Les attributions législatives que les constituants se sont octroyées au mépris de l’idée même d’une organisation provisoire des pouvoirs publics constituent, à mon sens, une grave dérive si ce n'est un véritable coup de force. Bien sûr que théoriquement, une Assemblée constituante peut être aussi une Assemblée législative. Qui peut le plus peut le moins disent les juristes. Mais cela est du juridisme car la question est ailleurs. Les débats sur les domaines de la loi, la distinction entre loi ordinaire et loi organique, la liste des matières législatives, des attributions gouvernementales laissent entendre par leur caractère fantasmatique que le souci n’est pas de rédiger principalement une constitution, comme mandat en a été donné. Un vaste programme de réformes législatives semble se profiler. Aussi noble que soit l'intention et impérieux le besoin, la refonte générale des textes n'est pas de mise! La mission des constituants est de rédiger d’abord et avant tout la nouvelle constitution sur la base de laquelle seront prises les nouvelles lois du pays, d’adopter un règlement qui permette un fonctionnement provisoire des pouvoirs publics, de parer au plus pressé en y assignant par les textes l'exécutif : chef d’Etat, Premier ministre et gouvernement, administration. La mission de cet exécutif de transition est de nous mener à bon port vers les élections (personne n’en parle) et de trouver solution au problème du chômage et de la mal vie ainsi qu'à celui de la justice transitionnelle. Oui ce sont ces questions (la durée provisoire, la question sociale et la justice transitionnelle) qui emportent le consensus et pas autre chose. Pourquoi s’en être détourné juste au moment où il fallait transcrire le pacte qui nous lie? Je ne comprends pas non plus comment on a pu allègrement "zapper" l’adoption du règlement intérieur pour passer aux votes sur l’organisation des pouvoirs publics. Il y a eu un renversement des perspectives préjudiciables à la construction de l’Etat de droit qui a ses contraintes à respecter. Je comprends l’urgence. Mais alors pourquoi un règlement de 312 articles. En a-ton besoin ? La preuve, un " petit règlement " de séance a suff pour procéder au bout de quelques jours au vote d’un texte fondamental : l’organisation provisoire des pouvoirs publics.
Quant à l’esprit majoritaire, il est tout simplement " dévastateur ". Il n’y a pas de démocratie sans dissonance. Les grandes messes sont d’un autre âge. Bien sûr que la loi de la démocratie est la majorité. Mais l’argument prend parfois sous la bouche de certains des intonations incantatoires et est servi avec arrogance en méconnaissance du mandat. Ecrire une Constitution pour le pays, ce n’est pas écrire une Constitution pour la majorité électorale mais pour l’avenir du pays pour tout le peuple tunisien dans sa diversité, ses majorités et ses minorités, ses citoyennes et ses citoyens.

Que pensez-vous de la présidence de Moncef Marzouki ?
C’est un homme que je respecte et il le sait. Je n’ai vraiment aucun doute sur sa droiture, son amour de la liberté et son combat pour la justice et les droits. De ce point de vue je n’ai pas d’inquiétude. Je suis heureuse de voir enfin arriver " à la normalité politique " des militants et opposants à Ben Ali. Cela réellement est une grande satisfaction, une grande " revanche sur l’histoire ". Qui l’aurait dit ? Qui l’aurait imaginé, aucun d’entre nous ! Et, pourtant, c’est arrivé et c’est un bien précieux et c’est cela dont il faut se souvenir. Par conséquent la question est autre. Comment, cet homme là – que je viens de décrire-, peut-il accepter un mandat à durée indéterminée ? Pour moi et encore une fois la durée du mandat est essentielle. Je ne voudrais pas que le provisoire dure. On a trop souffert des mandats qui se prolongent, se prolongent et n’en finissent pas de s’étendre… parfois avec les meilleures intentions. D’ailleurs je suis très attentive au langage. Le mot provisoire commence à disparaître progressivement du lexique politique et médiatique. Par ailleurs quels moyens a-t-il -par comparaison à ceux du chef du gouvernement - pour mener à bon port le pays vers ses institutions démocratiques pérennes ? Je regrette qu’il soit rentré dans une coalition et d’avoir apporté sa contribution à " l’esprit majoritaire " régnant qui ne laisse rien au vrai jeu démocratique au sein de l’assemblée, sauf ses rituels.

Que pensez-vous de son discours d’investiture?
Je pense qu’il n’est pas de son cru et me laisse sans voix notamment sur les divisions qu’il introduit entre les "munaqabbat", " muhajabbat " et "safirat". Je suis désolée, je n’ai pas fait une révolution pour me retrouver désignée par " safira " ou non. Je sais qu’il n’y a rien de péjoratif au mot. Et j’en suis une. Mais ma qualité première vis-à-vis d’un chef d’Etat, en l’occurrence le président de la République, est d’être d’abord et avant tout citoyenne. Je refuse ces catégories réductrices qui jouent sur l’émotionnel et les identités. Pour moi, il n’y a que des droits égaux entre citoyennes et citoyens. Je pense que c’est une erreur politique si ce n’est une maladresse. D’abord elle divise, alors même que le rôle du président est d’être rassembleur en donnant en plus une résonnance majeure (investiture) à un épi phénomène, celui du niqab en Tunisie.
Interview réalisée par Néjib SASSI
Source : « Le temps » on-line.

miércoles, 14 de diciembre de 2011

PRIX SIMONE DE BEAUVOIR POUR LA LIBERTÉ DES FEMMES


Simone de Beauvoir

Le jury international du prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes vient d’établir une première sélection de lauréats et de lauréates, en vue de la cérémonie officielle qui se déroulera en janvier 2012. > Cinq personnalités ont été sélectionnées
La sélection
Le jury a retenu, pour cette première sélection, cinq personnalités :Nadia El Faniréalisatrice, de nationalité tunisienne et françaiseKhadija Al SalamiCinéaste yéméniteSamar Yazbekromancière syrienneAssociation tunisienne des femmes démocratesgroupe de femmes tunisiennesNEGARAssociation NEGAR de soutien aux femmes d'Afghanistan
En remettant cette distinction, le jury du prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes veut contribuer à mobiliser la solidarité internationale, réaffirmer le droit des femmes dans le monde, garantir la protection de celles qui luttent aujourd’hui au risque de leur vie, et défendre, à leurs côtés, les idéaux d’égalité et de paix.
Le jury
JOSYANE SAVIGNEAU (présidente du jury, Journaliste au Monde), JULIA KRISTEVA (présidente fondatrice, professeur université Paris Diderot, écrivain et psychanalyste), SYLVIE LE BON DE BEAUVOIR (présidente d’honneur du jury), ELISABETH BADINTER, philosophe, GÉRARD BONAL, écrivain), CHAHLA CHAFIQ (écrivain et sociologue), DENIS CHARBIT (professeur de Civilisation française à l’université de Tel Aviv), Cécile Decousu (doctorante), ANNIE ERNAUX, (écrivain), CLAIRE ETCHERELLI (écrivain), MADELEINE GOBEIL-NOEL (Ancienne directrice des Arts à l’Unesco), SIHEM HABCHI (présidente de « Ni pute ni Soumise »), LILANE KANDEL (sociologue), AYSE KIRAN (Docteur Université de Haceteppe, Ankara, Turquie), CLAUDE LANZMANN (écrivain, cinéaste et directeur de la revue Les temps Modernes), BJORN LARSSON (écrivain, professeur à l’université de Lund, Suède), LILIANE LAZAR ( Simone de Beauvoir Society, États-Unis), ANNETTE LÉVY-WILLARD (journaliste à Libération et écrivain), ANNE-MARIE LIZIN (sénatrice, présidente du Conseil des femmes de Wallonie, Belgique), MALKA MARCOVICH (historienne, KATE MILLETT, écrivain, artiste peintre et sculpteur, États-Unis), YVETTE ROUDY (ministre des Droits de la femme de mai 1981 à 1986), DANIÈLE SALLENAVE (écrivain, ALICE SCHWARZER, écrivain, Allemagne), MARGARET SIMONS (professeur de philosophie, Southern Illinois University, États-Unis), ANNIE SUGIER, (présidente de la Ligue internationale du droit des femmes), LINDA WEIL-CURIEL (avocate), ANNE ZELENSKY (écrivaine, présidente de la Ligue du droit des femmes, cofondée avec Simone de Beauvoir). Le prix Simone-de-Beauvoir
Créé en 2008, à l’occasion du 100e anniversaire de Simone de Beauvoir (9 janvier 1908), le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes est décerné chaque année à des lauréat(e)s élu(e)s par un jury international. Le prix, doté de 20 000 euros, est soutenu par l’Institut français, le Centre national du livre, les Éditions Gallimard et l’université Paris Diderot. Le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes a été remis, en janvier 2011, à Ludmila Oulitskaïa.
Contact du prix Simone-de-Beauvoir Rachida Lemmaghti, 01 57 27 64 32, rachida.lemmaghti@univ-paris-diderot.frUniversité Paris Diderot, Pôle égalité femmes hommes
Contact presse
Nicole Raoul, 01 57 27 83 39, nicole.raoul@univ-paris-diderot.frUniversité Paris Diderot, service Communication et technologies de l’information, voir le site officiel du prix Simone-de-Beauvoir --> Présidé par Josyane Savigneau, le jury est composé de vingt-cinq personnalités issues du monde des arts et des lettres. Le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes distingue des hommes, des femmes, des associations qui, dans le monde entier, se battent pour défendre les droits des femmes, partout où ils sont menacés. « Cette année, la liste des personnes nommées pour le prix aurait pu sembler trop “monolithique”, dépourvue d’un large caractère international. En réalité, nous explique Josyane Savigneau, la présidente, le jury s’est concentré sur une région du monde où il est particulièrement urgent de défendre ou de garantir la liberté des femmes et leurs droits, soit encore inexistants, soit menacés ».
En effet, sensible à l’actualité internationale, le jury souhaite encourager une femme ou un homme qui a participé aux révolutions arabes dans la région du Maghreb-Machrek. Cette appellation désigne, d’une part, la partie septentrionale de l'Afrique, ainsi que la partie occidentale du monde arabe - entre le Maroc et la Tripolitaine (en Libye), en passant par l'Algérie et la Tunisie, voire par la Mauritanie ; et d’autre part l'Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Israël, la Palestine et le Koweït.
La sélection
Le jury a retenu, pour cette première sélection, cinq personnalités :Nadia El Faniréalisatrice, de nationalité tunisienne et françaiseKhadija Al SalamiCinéaste yéméniteSamar Yazbekromancière syrienneAssociation tunisienne des femmes démocratesgroupe de femmes tunisiennesNEGARAssociation NEGAR de soutien aux femmes d'Afghanistan
En remettant cette distinction, le jury du prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes veut contribuer à mobiliser la solidarité internationale, réaffirmer le droit des femmes dans le monde, garantir la protection de celles qui luttent aujourd’hui au risque de leur vie, et défendre, à leurs côtés, les idéaux d’égalité et de paix.
Le jury
JOSYANE SAVIGNEAU (présidente du jury, Journaliste au Monde), JULIA KRISTEVA (présidente fondatrice, professeur université Paris Diderot, écrivain et psychanalyste), SYLVIE LE BON DE BEAUVOIR (présidente d’honneur du jury), ELISABETH BADINTER, philosophe, GÉRARD BONAL, écrivain), CHAHLA CHAFIQ (écrivain et sociologue), DENIS CHARBIT (professeur de Civilisation française à l’université de Tel Aviv), Cécile Decousu (doctorante), ANNIE ERNAUX, (écrivain), CLAIRE ETCHERELLI (écrivain), MADELEINE GOBEIL-NOEL (Ancienne directrice des Arts à l’Unesco), SIHEM HABCHI (présidente de « Ni pute ni Soumise »), LILANE KANDEL (sociologue), AYSE KIRAN (Docteur Université de Haceteppe, Ankara, Turquie), CLAUDE LANZMANN (écrivain, cinéaste et directeur de la revue Les temps Modernes), BJORN LARSSON (écrivain, professeur à l’université de Lund, Suède), LILIANE LAZAR ( Simone de Beauvoir Society, États-Unis), ANNETTE LÉVY-WILLARD (journaliste à Libération et écrivain), ANNE-MARIE LIZIN (sénatrice, présidente du Conseil des femmes de Wallonie, Belgique), MALKA MARCOVICH (historienne, KATE MILLETT, écrivain, artiste peintre et sculpteur, États-Unis), YVETTE ROUDY (ministre des Droits de la femme de mai 1981 à 1986), DANIÈLE SALLENAVE (écrivain, ALICE SCHWARZER, écrivain, Allemagne), MARGARET SIMONS (professeur de philosophie, Southern Illinois University, États-Unis), ANNIE SUGIER, (présidente de la Ligue internationale du droit des femmes), LINDA WEIL-CURIEL (avocate), ANNE ZELENSKY (écrivaine, présidente de la Ligue du droit des femmes, cofondée avec Simone de Beauvoir). Le prix Simone-de-Beauvoir
Créé en 2008, à l’occasion du 100e anniversaire de Simone de Beauvoir (9 janvier 1908), le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes est décerné chaque année à des lauréat(e)s élu(e)s par un jury international. Le prix, doté de 20 000 euros, est soutenu par l’Institut français, le Centre national du livre, les Éditions Gallimard et l’université Paris Diderot. Le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes a été remis, en janvier 2011, à Ludmila Oulitskaïa.
Contact du prix Simone-de-Beauvoir Rachida Lemmaghti, 01 57 27 64 32, rachida.lemmaghti@univ-paris-diderot.frUniversité Paris Diderot, Pôle égalité femmes hommes
Contact presse
Nicole Raoul, 01 57 27 83 39, nicole.raoul@univ-paris-diderot.frUniversité Paris Diderot, service Communication et technologies de l’information, voir le site officiel du prix Simone-de-Beauvoir.

Publié le 13-12-2011

Source: Page web de l'Université de Paris Diderot.
http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=recherche&np=pageActu&g=m&ref=3796

lunes, 12 de diciembre de 2011

«L’enjeu aujourd’hui dans les pays arabes c’est le corps des femmes»



Nadia El Fani


Nadia El Fani: «L’enjeu aujourd’hui dans les pays arabes c’est le corps des femmes»
Par Leïla Piazza et Déborah Gay, étudiantes à l'Ecole de Journalisme de Grenoble
Culture Le 27 novembre à 16h17

Réalisatrice, fille d’un ex-dirigeant du parti communiste tunisien, Nadia El Fani est installée en France depuis dix ans. Son dernier film «Ni Allah, ni maître», traite de la place de la religion dans la société tunisienne. Engagée pour la cause des femmes, athée, elle est menacée de mort dans son pays.

Que pensez-vous du combat d’Aliaa Almahdy, la militante égyptienne qui a posté des photos d’elle nue sur son blog?

Je trouve ça formidable! J’aimerais qu’on fasse tout un mouvement de femmes qui se dénudent, se prennent en photo et mettent ça en profil sur Face Book! L’enjeu aujourd’hui, dans les pays arabes, mais aussi dans le monde entier, c’est le corps des femmes. Pour cette militante, c’est une façon de crier sa liberté et d’exprimer le pouvoir qu’elle a son corps: « il est à moi, j’en fais ce que je veux! » Il faut prendre des risques. Les artistes sont là pour poser des actes qui font réfléchir. Elle ne le fait pas pour se balader nue dans la rue, revendiquer le naturisme en Egypte. C’est un acte artistique et politique; elle l’a dit: son acte dénonce l’obscurantisme.

Etait-ce son seul moyen de revendiquer?

Non, il y a plein de moyens d’expression. Moi, je suis cinéaste. Et dans mes films, j’ai toujours présenté des femmes libres, émancipées et affranchies de l’oppression sociale, comme si tout était naturel. C’est une façon de lutter pour le féminisme.

Le Printemps arabe a-t-il fait avancer la cause des femmes dans ces pays?

«Avancer» n’est peut-être pas le terme. Cela a montré que la modernité de nos pays pêche sur la question des femmes et que tout va donc passer par là. En ce sens, le printemps arabe fait avancer la cause des femmes parce qu’il pose cela comme étant l’élément essentiel du débat de la société. On l’a vu dans tous les discours des islamistes: ils n’ont eu de cesse de rassurer les femmes, de dire par exemple qu’ils ne toucheront pas au code du statut personnel en Tunisie. C’est bien parce qu’ils cherchaient l’électorat féminin.


La montée des partis islamistes n’est-elle pas dangereuse?

Bien sûr, en tant que progressistes, on a peur. Mais ils ont axé un maximum de leurs discours là dessus, déjà en respectant la parité lors des élections. Bien sûr un certain nombre de femmes élues seront des potiches et feront ce qu’on leur dira de faire. Mais le fait qu’ils aient voulu rassurer les femmes sur leur statut en Tunisie est la preuve qu’ils ont conscience que la moitié de la population est féminine. Le problème ne va pas être de conserver les acquis, mais d’aller au bout de ce qu’on a réclamé dans la Révolution: l’égalité.

Restez-vous optimiste?
Bien sûr. Je suis une optimiste invétérée. Mais je suis aussi lucide. Il faut combattre. Dès le lendemain des résultats électoraux, les femmes étaient dans la rue. Et tous les jours, il y a des manifestations en Tunisie. Ceux qui ont voté Ennahda se sentent en terrain conquis et essaient déjà de grignoter les libertés des femmes à leur niveau. Dans la rue aujourd’hui, il y a des femmes qui se font insulter quand elles sont dévoilées. L’enjeu est énorme. Cela va être un profond débat de société.

SOURCE : LIBÉRATION

domingo, 11 de diciembre de 2011

Recul des grossesses précoces dans les lycées et collèges




KOLDA, SENEGAL  : Recul des grossesses précoces dans les lycées et collèges

Le nombre de grossesses précoces est passé de 269 en 2010 à 169 en 2011. Le sujet reste une préoccupation des acteurs du système qui ont invité les organisations syndicales à s’impliquer dans la bataille contre les violences et les abus sexuels dans l’espace scolaire. C’était samedi dernier, lors de la célébration de la journée internationale de l’enseignant.
La situation est toujours préoccupante dans la région de Kolda. Les abus sexuels et les grossesses précoces demeurent le premier obstacle à la scolarisation et au maintien des filles dans les collèges et lycées, même si les acteurs restent mobilisés sur le front. Pour le moment, ils peuvent se contenter de la diminution des grossesses. Selon une étude commanditée par le ministère de l’Education « le taux de grossesses  précoces est encore important, mais il a connu une baisse dans la région de Kolda.
Il est passé de 269 cas  en 2010 à 169 en 2011, soit une diminution de 100 cas », a révélé la conseillère technique au ministère de l’Education chargée du genre, Marie Siby Faye qui présentait une communication sur : « l’égalité de genre dans l’éducation, quels enseignants ? ».
Féminisation de la profession

Cette communication entre dans le cadre de la célébration de la journée internationale de l’enseignant organisée par le Comité national « du 5 octobre », la Commission nationale sénégalaise pour l’Unesco et le Bureau de l’Unesco à Dakar. Outre les violences et les abus sexuels, les intervenantes se sont attaquées à la marginalisation des enseignantes dans le système éducatif. « Les enseignantes ne sont pas bien représentées dans les instances de prise de décisions. Elles sont marginalisées dans le processus d’élaboration des plateformes », a dénoncé la secrétaire générale adjointe de l’Uden,  Awa Wade qui a fait une communication sur « la problématique du rôle et la place des femmes dans les prises de décisions des syndicats ».
Pour inverser cette tendance, la conseillère technique chargée du genre, au ministère de l’enseignement  élémentaire, Marie Siby Faye propose une formation des enseignantes modèles. La conseillère estime que la solution passe par la formation des enseignantes prêtes à promouvoir les notions de genre, et qui respectent les principes d’équité et de déontologie. Mais  la bataille est loin d’être gagnée. Les préjugés et les stéréotypes,  confie Fatma Fall, du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation, expliquent la disparité de représentativité des filles dans certaines filières de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

Le thème de cette année, « les enseignants pour l’égalité des genres » est d’actualité. Puisqu’il est apparu dans les études de l’Unesco que la féminisation de cette profession ne s’accompagne pas d’une revalorisation salariale.  La scolarisation des filles a des retombées positives. « L’éducation des filles et des femmes bénéficie le développement humain car plus les enfants sont scolarisés, plus elles sont plus équipées contre le Vih/Sida ; contre l’exploitation sexuelle », énumère le représentant de la directrice du Breda, Adotevi Adotebah, spécialiste principal de programme Breda/Unesco. Dans son intervention, le président du comité d’organisation du 5 octobre,  Mansour Dansokho a rappelé que cette rencontre sert à diagnostiquer les maux du secteur et à formuler des solutions.  Le ministre de l’Elémentaire, du Moyen secondaire et des Langues nationales, Kalidou Diallo qui a rendu un vibrant hommage aux pionniers du mouvement syndical des enseignants a promis de donner plus de dimension à cette journée. « Nous prendrons les mesures nécessaires pour que  le ministère budgétise la célébration de cette journée tout en laissant son organisation au comité du 5 octobre », a promis le ministre Kalidou Diallo.
Idrissa  SANE
LUNDI, 05 DÉCEMBRE 2011 09:25

viernes, 9 de diciembre de 2011

Tolerating marginalised participation of women in political transition: Is the EU neglecting women’s rights in Arab countries?





During a 3-day mission to the EU institutions[1] in Brussels on November 23, 2011, a delegation of the Euro-Mediterranean Human Rights Network (EMHRN) composed of representatives of women’s rights organisations from Egypt, Morocco, Algeria and Jordan, voiced serious concerns that Gender Equality was almost absent in the new EU approach[2] and stressed the lack of gender mainstreaming in this approach.

The EMHRN delegation regretted that, in its definition, the concept of “deep democracy” failed to enshrine women’s rights and full equal participation of women. The delegation further denounced that the concept showcased no clear benchmarks to tackle the pivotal role of women’s equal political participation in terms of democratic transition.

In meetings with EU institutional officials, members of the EMHRN delegation explained the situation of gender-based discrimination and gave an overview of the situation of women and the obstacles to their active participation in these countries, with a particularly sharp focus on times of political transition and reforms.

More specifically, the delegation members detailed the situation of Algerian women who are being subjected to discriminatory laws (i.e. the family law and other laws) and who are underrepresented both in the public and political spheres. Independent Algerian women’s rights organisations are also regularly hindered when they are trying to hold in-country activities due to the lack of freedom of association and assembly in the country.

As far as Egyptian women are concerned, the delegation updated EU officials on the systematic marginalisation of women’s participation in politics. The delegation also emphasised the fact that gender equality, non-discrimination and positive actions were nowhere to be seen on the agenda of the current transitional government. Recent cases of female demonstrators who went though virginity tests ordered by the Egyptian police (an act that qualifies as sexual abuse), have been documented by the media and strongly condemned by the international civil society.

Furthermore, human rights organisations operating in Egypt are harassed and subjected to dense defamation campaigns due to their documenting and publicising human rights violations by the Security Council of Armed Forces. 

With regards to the Jordanian situation, the delegation highlighted that no explicit gender equality was mentioned in the new constitutional amendments that took place recently in Jordan. While women were underrepresented in the National Dialogue Committee, not a single woman was to be found in the composition of the Royal Committee for Constitution Amendments. Jordanian women married to foreigners organised many sit-ins in front of the Parliament during the last months, in protest against discrimination in relation to passing on their nationality to their husbands and children, in a bid to claim their rights as full citizens.

In conclusion, the EMHRN delegation urged the High Representative of the Union for the Foreign Affairs and Security Policy and the European Commission and representatives of EU member states to EU to step up their support for women’s rights and gender equality in the Mediterranean region as was the case in the framework of the Istanbul / Marrakech Process.

In particular, the EMHRN delegation is exhorting the EU to comply with the following:
  1. Integrating gender equality as a guiding principle in its relation with the countries in the Euromed region.
  2. Systematic mainstreaming of the gender dimension across the EU’s new response to a changing Neighborhood
  3. Including gender related benchmarks in the progress reports on which EU support will be based, such as: constitutionalisation of gender equality and non discrimination based on gender, lifting of reservations to CEDAW, signing of CCEDAW Protocole, abolishing discriminatory articles, establishing parity in electoral laws and processes and others positive actions oriented towards the promotion of gender equality and the eradication of gender-based discrimination.



[1]  External European Action Service, European Parliament, European Commission and European Council.
[2] “A new response to a changing Neighborhood” issued by the High Representative of the Union for the Foreign Affairs and Security Policy and the European Commission in May 2011 

« Nous redescendrons dans la rue si les acquis de la femme sont mis à l’épreuve », affirme une militante tunisienne.



« Nous redescendrons dans la rue si les acquis de la femme sont mis à l’épreuve », affirme une militante tunisienne.








Interview Mounia el-Abed est une avocate tunisienne, membre du Conseil supérieur indépendant pour l’organisation des élections, présidente de l’Association des femmes juristes. Elle ne cache pas son inquiétude pour les droits de la femme tunisienne, mais évoque la stratégie des nouveaux démocrates pour une Constitution nationale qui reflète les valeurs de la révolution.
TUNIS, de Suzanne BAAKLINI
Quelle est votre analyse du résultat des élections de l’Assemblée constituante et qu’est-ce que cela représente pour le mouvement féministe et les femmes en Tunisie ?
Je pense tout simplement que ceux qui se sont présentés au nom de la démocratie et de la modernité ont échoué. Je crois qu’il y a eu un mauvais départ, une mauvaise organisation. Les démocrates n’ont pas su adapter leur discours à la réalité de la Tunisie. Leur lecture de la situation du pays n’était pas rationnelle. Nous évoquions souvent les disparités entre les régions, mais nous n’avons pas été vers la Tunisie profonde, même si, après la révolution, nous avons été choqués de découvrir l’ampleur de la pauvreté et la corruption qui sévissait à tous les niveaux. Les partis progressistes et le mouvement féministe n’ont pas su trouver les réponses pour rassembler tout ce monde. Au lendemain du 14 janvier, il y a eu un effritement et une multiplication des partis politiques, formés sans grande conviction. Il paraît que c’est normal lors d’une phase de transition.

Que signifie un tel échec d’après vous ?
L’organisation d’élections pour une Assemblée constituante est un grand défi. C’est un point de départ pour une Tunisie qui a porté haut et fort, lors de la révolution, les principes de démocratie, de liberté, de dignité humaine. Il fallait que les élections reflètent les principes qui sont à la base de cette révolution. Or il n’y a pas eu de rassemblement autour d’un pôle démocratique qui défende ces valeurs.

Peut-on parler d’un manque de temps ?
Certainement que le facteur temps a joué contre nous. Mais ce n’est pas une raison pour justifier l’échec. Avant le 14 janvier, la classe politique (qui a fait la révolution) était consciente des enjeux. Mais après cette date, nous avons compris qu’il y avait des divisions au sein même de ce camp politique, dont les causes sont très superficielles selon moi. Ces divisions sont intervenues aux dépens des valeurs et des projets qu’il fallait défendre : les droits, le régime à instaurer, la lutte contre la corruption... Il fallait adapter notre discours à une réalité très complexe. Or notre discours, il faut le reconnaître, était dirigé vers l’élite.
Vous attendiez-vous à ce taux de réussite du parti Ennahda ?
Nous nous attendions à un pourcentage plus ou moins important, mais, franchement, pas à un tel succès. Cela a été un choc... Il faut bien se poser des questions sur tout ce qui s’est passé. On estime que le parti Ennahda a su s’implanter au sein des couches sociales, par des moyens détournés ou légaux. Il a utilisé la religion pour mobiliser des foules dans une situation d’après-révolution assez précaire. Cela dit, si l’on en revient aux statistiques des élections, le taux de participation au scrutin prouve qu’une majorité silencieuse n’a pas voté. Si l’on analyse plus profondément ces résultats, on s’aperçoit que c’est l’effritement des candidats démocrates qui explique la montée du parti Ennahda. Il y a aussi eu d’autres surprises comme la liste de Hechmi al-Hamdi, que personne ne donnait gagnante et qui a fait un bon score. Ce sont des listes indépendantes reliées à cette personnalité qu’il est très difficile de situer, à un moment proche de Ben Ali, à un autre d’Ennahda...

Avez-vous peur pour les acquis de la femme tunisienne aujourd’hui ?
Est-ce qu’on peut parler d’acquis quand la situation n’est pas très claire, et, de surcroît, à une époque où règne le double discours ? Nous éprouvons de l’inquiétude, cela est indéniable. Certaines déclarations de responsables d’Ennahda, dont des femmes comme Souad Abdel Rahim – qui a stigmatisé les mères célibataires –, nous incitent à l’appréhension : ces personnes attaquent, entre autres, l’adoption, les droits des femmes et notre code de statut personnel qui était, jusque-là, avant-gardiste.

Allez-vous opposer une résistance à cette nouvelle tendance en tant que groupes féministes ou dans le cadre de ce que vous appelez les forces démocrates ?
Les groupes féministes doivent savoir qu’ils comptent aujourd’hui des alliés parmi les démocrates. C’est un combat en faveur d’un projet de société. Les femmes doivent s’impliquer dans un processus de défense des droits de manière générale, mais aussi des droits spécifiques des femmes. On ne peut avancer vers un processus démocratique sans une participation massive et effective des femmes. Il faut former des alliances, mais pas contre nature comme celles contractées entre des partis de gauche et un parti islamiste comme Ennahda (en vue d’une majorité à l’Assemblée constituante). Et, surtout, il faut défendre nos acquis. Est-ce que le code de statut personnel est mis à l’épreuve aujourd’hui ? C’est la grande question.
Comment comptez-vous faire face à ce double discours subtil d’Ennahda qui a apparemment porté auprès des électeurs ?
C’est la question que nous nous posons. Tout d’abord, nous comptons nous organiser pour effectuer un lobbying aux niveaux national et international. En tant que forces de la société civile, nous voulons nous rassembler au sein d’une plateforme de participation sur le terrain. Notre ONG, l’Association des femmes juristes, qui a vu le jour après le 14 janvier, a récemment organisé une rencontre sur la bonne gouvernance et le rôle des femmes. Il y a été question des moyens de rédiger une Constitution pour la Tunisie où le rôle de la femme serait pris en considération, ainsi que d’autres grands principes comme la séparation des pouvoirs. Ce dernier principe est le seul susceptible d’empêcher des abus similaires à ceux perpétrés ces dernières années. Nous envisageons également d’être vigilants et d’être toujours présents sur le terrain. À la première réunion de l’Assemblée constituante, la société civile était là. Notre message : il est vrai que l’Assemblée constituante est souveraine, mais la rue est mobilisée.
Êtes-vous prêts à redescendre dans la rue le cas échéant ?
Tout à fait. Le slogan répété à plusieurs manifestations en début d’année reste d’actualité : « Plus jamais peur après le 14 janvier. » Les démocrates, hommes et femmes, n’auront plus jamais peur.

Quelle importance revêtent les derniers développements en Tunisie pour d’autres pays ayant vécu des révolutions récentes ? La Tunisie est-elle un modèle ?
Je ne veux pas parler de modèle. Je dirai à tous ceux qui aspirent au changement en Égypte, en Libye et ailleurs qu’il faut rester vigilants. Il faut être présents sur le terrain et avoir une alternative à proposer. Mais dans aucun cas il ne faut baisser les bras. Il s’agit de réagir ouvertement aux développements tout en écoutant l’« autre », qui qu’il soit. Il est vrai qu’on décèle actuellement des indices très négatifs en Tunisie comme la violence qui prend de l’ampleur dans notre société. On la ressent aujourd’hui dans les rues, dans les espaces publics. Les femmes en sont souvent victimes, mais elles ne remettent pas en question pour autant leur place sur la scène publique. C’est avec beaucoup de courage que les femmes tunisiennes doivent affronter cette crise.